C’est avec une impatience non dissimulée que j’attendais la sortie de la nouvelle version du Choc des titans, film réalisé par le français Louis Letterier, avec en rôle titre Sam Worthington, acteur vedette du blockbuster Avatar. En effet, l’émotion s’empare encore de moi aujourd’hui quand je me remémore l’opus original, sorti en 1981. Celui-ci avait stimulé l’imaginaire de l’enfant que j’étais à coup de cheval ailé, d’armes magiques et autre méduse au regard pétrificateur.
20 ans plus tard, le long métrage de Desmond Davis a évidemment pris un petit coup de vieux, et il était temps pour les studios hollywoodiens de s’emparer du matériau original afin de l’adapter aux techniques de réalisation modernes. Ainsi, alors initialement tourné en 2D, le film a été au tout dernier moment modifié afin qu’il surfe sur la vague de la modernité et qu’il bénéficie lui aussi d’un rendu 3D. Rendu 3D qui d’après les observateurs s’est révélé catastrophique…
L’histoire, à l’instar du film de 1981, raconte l’histoire de Persée, un demi dieu né de Danaé et Zeus, qui doit sauver le royaume d’Argos. En effet, le dieu Hadès a convoqué le Kraken, terrible créature vainqueur des Titans, afin qu’elle détruise la cité.
Accompagné d’une troupe de guerriers, Persée va croiser sur son chemin nombre de monstruosités, allant même jusqu’à braver les enfers afin de couper la tête de Méduse, dont le regard est capable de transformer tout être fait de chair et de sang en pierre.
Soyons brefs, soyons clairs: autant l’opus original avait laissé dans l’enfant qui est en moi une trace indélébile, autant cette nouvelle version ne laissera aucun souvenir impérissable dans l’histoire du cinéma. Et la liste des choses que l’on peut reprocher au réalisateur Louis Letterrier se fait longue:
- Pourquoi avoir affublé Persée, héros solitaire, d’une troupe entière de gus dont on se demande encore l’utilité réel? Si ce n’est de les faire mourir un à un dans des souffrances diverses et variées, on cherche encore la raison de leur présence dans le film. A noter les premiers pas en tant qu’acteur de Mouloud Achour, tout droit venu du “grand journal” de Canal+, en guerrier chasseur de monstres. Le réalisateur français aurait-il perdu un pari pour faire jouer un débutant dans cette superproduction? Pour la crédibilité, on repassera…
- Sam Worthington sait-il faire autre chose que froncer les yeux? Nous sommes en droit de nous le demander dans la mesure où l’acteur d’Avatar semble avoir deux expressions et demi à sa palette de comédien. Liam Neeson est un Zeux peu concerné par les évènements, tandis que Ralph Fiennes, alias Hadès, pense nous faire peur en mettant du noir sur son visage.
- Le cheval Pégase sort-il tout droit d’une mine de charbon? D’un blanc immaculé dans la mythologie ou dans le film original, Pégase sort ici avec une robe d’un noir intense. Et de s’imaginer le réalisateur de Hulk dire: “c’est moi le patron, je suis un visionnaire, Pégase sera noir, ou ne sera pas!”.
- Mais qui est Io? Cette jeune demi-déesse, qui accompagne Persée tout au long de son périple, n’a rien à voir avec cette histoire dans le mythe. Originellement, elle est une habitante d’Argos à qui Zeus vient fréquemment rendre visite afin de satisfaire ses envies. Dans le long métrage de 1981, c’est Athéna qui donne de nombreux coups de pouce à Persée. Tout dans le film de Leterrier se trouve donc décalé: alors que Persée va initialement au combat pour sauver Aphrodite dont il est éperdument tombé amoureux, il est ici question de vengeance personnelle envers Hadès, qui a tué les parents du héros. Et Persée de lorgner du côté des formes de Io…
- Louis Leterrier a-t-il des problèmes de rythme? On peut se poser la question dans le sens où certaines séquences, pourtant semble-t-il superflues quant à l’avancée de l’histoire, prennent le pas sur des moments clefs de l’intrigue. Ainsi, il aurait été intéressant de traiter plus en longueur le combat final que tout le monde attend. Ici, le Kraken a à peine le temps de sortir de l’eau qu’il est déjà renvoyé dans les profondeurs abyssales. Et tout ça pour que Persée et ses acolytes fassent mumuse avec des scorpions géants pendant trois plombes. Dommageable…
Et encore, je vous épargne les détails sur les problèmes d’inscrustation des différents personnages, et notamment de Pégase lors des phases de vol, de la disparition pure et simple du mythique casque de Persée qui avait le pouvoir de le rendre invisible et que je souhaitais tant avoir quand j’étais enfant, des guerriers du désert dont on se demande encore ce qu’ils font dans ce foutoir, …
Il devient donc limpide que “Le Choc des Titans” made in 2010 ne laissera pas une empreinte indélébile de son passage en salle. Et c’est avec un plaisir intense que je me remémorerais encore et encore le film de 1981 qui, sous son caractère de nanar assumé, transportait avec lui davantage de magie et de rêve que ne le fait le Leterrier nouveau.